ZHULINQIXIAN

15 juin 2020

Le taoïsme (1)

 

Le taoïsme est intimement lié à toute l’histoire de la Chine depuis les temps immémoriaux. Il ne faut pas confondre le taoïsme avec la religion taoïste.

On peut dire que le taoïsme a connu trois grandes mutations.

Il y a eu d’abord, bien avant que le nom de taoïsme soit inventé, ce penchant endémique des chinois pour l’écoute de la nature, qui trouve sa source dans les pratiques agricoles. Le sinologue français Jacques Gernet, dans la préface de son ouvrage « Le monde chinois », évoque une différence notoire entre les agricultures chinoise et occidentale. Chez nous, l’agriculteur est dans la plupart des cas également un éleveur : Et dans des proportions incomparablement plus élevées qu’en Chine, il peut être seulement éleveur. En occident, aux USA notamment, on mange beaucoup –trop- de viande. En Chine, par contre, la très nombreuse population exige que l’agriculture prenne le pas sur l’élevage. On sait qu’un hectare de céréales rapporte vingt fois plus de repas que la même surface consacrée à l’élevage. La consommation massive de viande de bœuf est bien un luxe occidental, américain, car les États-Unis sont caractérisés un nombre d’habitants très inférieur à ceux de la Chine et qui pourtant occupent un espace aussi grand que cette dernière, et avec beaucoup moins d’exclusives (déserts, plateaux, montagnes, marais, etc..).

Or il y a selon Gernet, une différence qualitative importante dans la psychologie de ces deux catégories de paysans : agriculteurs et éleveurs. Ces derniers parquent les animaux, dirigent leurs mouvements, organisent leur reproduction, les engraissent et finalement les abattent. L’éleveur prétend dominer la nature, la soumettre, la modifier. L’agriculteur, lui, ne peut se le permettre. Il est soumis aux aléas météorologiques, il suit les saisons, les cycles et il est à l’écoute des signes avant-coureurs, des prémisses du changement. Il a un talent divinatoire, il sait percevoir l’invisible, le non -encore manifeste C’est pourquoi, selon Gernet, l’agriculteur chinois est plus doux, attentionné et observateur que son homologue occidental. Cela fonde cette attitude taoïste qui consiste à être à l’écoute de ce qui est et de ne certainement pas apposer sa volonté personnelle sur le cours naturel des choses.

Dans la littérature chinoise ancienne, il y a la fameuse histoire dite de L’homme de Song. C’est un agriculteur qui revient chez lui le soir, harassé, épuisé, essoufflé. Il annonce qu’il a travaillé dur ce jour, qu’il a tiré sur toutes les jeunes pousses à peine sorties de terre pour qu’elles parviennent plus vite à maturité. Son fils, sceptique, va aux champs constater le résultat du « travail » de son père : tout a flétri, les plantes sont mortes sur pied. Cette histoire illustre bien le propos de Jacques Gernet sur l’attitude douce et attentive de l’agriculteur, contraire de celle de l’homme de Song.

Il résulte de cette attitude d’observation patiente de la nature toutes les connaissances riches et subtiles des chinois : leur médecine, la pharmacopée, les connaissances en astronomie, en chimie (La poudre et les feux d’artifice), le savoir alchimique. Savoirs qui synthétisent une somme énorme d’observations accumulées pendant des siècles.

Ensuite, première mutation, une étape majeure : la production des grands textes, le Daodejing (« Classique de la Voie et de la vertu ») et le Zhuangzi, pour ne citer que les deux meilleurs d’entre eux. Le premier est attribué au fameux Lao-Tseu (Laozi), mais on doute de plus en plus de l’existence réelle du personnage, qui aurait vécu à cheval sur les 6° et 5° siècle. La plus ancienne copie du texte est celle retrouvée dans la tombe de Mawang dui, province du Hunan, un site archéologique majeur datant du 2° siècle avant Jésus-Christ. Quant au Zhuangzi, il porte, comme c’est souvent le cas en Chine, le nom de son auteur1, Zhuangzi ou Tchouang-Tseu, qui a vécu aux 4° et 3° siècles avant notre ère.

Les deux ouvrages sont forts différents. Le premier est très concis, poétique voire abscons alors que le Zhuangzi est un propos plus long et discursif. On considère même que pour sa valeur littéraire, il fait de son auteur le premier vrai grand auteur chinois, avec un style personnel virtuose. L’un comme l’autre présentent des principes fondamentaux de cette attitude taoïste, sans que pour autant ces « pères du taoïsme » n’aient jamais prononcé ce mot !

Ce qu’on découvre dans ces textes majeurs, c’est l’importance du féminin dans cette attitude. Le sinologue français Cyrille J.D. Javary écrit à propos du taoïsme : "(…) Il prend le vallon pour paysage, l'eau pour image, la terre pour base, le bas pour lieu, l'enfant comme but et la femme pour emblème. »

(à suivre) Article de F.Pauchot, initialement rédigé pour Louane T.

 

(1) Nous reviendrons sur ce point : la paternité de l’ouvrage. Sujette à discussion selon certains.

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Les Sept sages de la forêt de bambou

竹林七贤 Zhulinqixian. (zhúlín qī xián)

 

Les sept sages de la forêt de bambou est un cénacle mythique de l’histoire poétique et politique de la Chine ancienne.

 

Il a vécu au III° siècle de notre ère, au coeur d’une période confuse – le moyen-êge chinois - qui a suivi l’effondrement de la dynastie Han. Sept artistes, poètes, musiciens, calligraphes et penseurs qui se réunissaient chez l’un d’entre eux, dans le bosquet de bambous au fond de son jardin, quelque part près de la ville de Luoyang, sur le cours inférieur du Fleuve jaune.

 

Ils sont les initiateurs de ce que certains appellent le « taoïsme libertaire ». Refusant la stricte étiquette sociale et le ritualisme confucéen, ils prônaient un retour à la Nature, à son écoute. Ils vantaient les vertus de l’ivresse alcoolique, de la musique comme source d’extase, de la poésie à l’écoute du ciel. Ils faisaient l’éloge de la nudité, de la nuit, de la lune.

 

On peut oser cette analogie. Ce taoïsme libertaire qui naquit à cette époque est comparable à ce qui s’est passé en Californie au cours des années 60 du XX° siècle. Ces jeunes qui rejetaient le « american way of life », marchaient pieds nus, en maillot de bain, la peau offerte au soleil, et qui pratiquaient le surf qui, comme les sports de glisse en général, est un sport « taoïste » : il faut se tenir à l’écoute de la vague qui vous emmène ! Et ils écoutaient de la musique dite « psychédélique » et consommaient des sustances … euh … illicites. Les taoïstes de ce « moyen-âge » chinois, avaient fait cela bien avant les « beach boys » et les hippies.

 

Les historiens ne sont pas sûrs que les sept sages se soient tous réunis ne serait-ce qu’une fois. C’est bien un mythe. Mais il est fondateur. Pour les chinois, les choses sont vraies si elles ont du sens.

 

 

 

F.Pauchot, juin 2020

 

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